Comment le caractère systémique des injonctions sur le corps féminin participe au vécu d’un corps souffrant et aux problématiques alimentaires ? - Phénoménologie du corps souffrant
- aureliendiet44
- 8 avr.
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La phénoménologie correspond à la subjectivité de l’expérience de l’individu (pensées, émotions, sensations) et donc de son expérience corporelle.
Certains événements de vie viennent perturber fortement l’expérience subjective de l’individu. C’est le cas des événements traumatiques répétés, notamment au cours de l’enfance, et pouvant participer au développement de troubles de stress post-traumatique complexe (TSPT-C) (Herman, 1992).
D’un point de vue phénoménologique, le TSPT-C, de par sa symptomatologie, engendre un “corps souffrant”, à l’opposé d’un “corps non souffrant”.
Phénoménologie du corps souffrant
Le corps souffrant devient un obstacle au quotidien, il est au centre de mon attention et réduit de fait ma capacité d’ouverture au monde. Cela peut isoler et transmettre un sentiment d’impuissance dans ses activités. Il devient uniquement un objet, une chose visible sur lequel je me dois d’agir pour essayer de réduire ma souffrance.
Phénoménologie du corps non souffrant
Le corps non souffrant me donne accès au monde. Il ne m’apparaît pas en premier plan, ce qui permet une ouverture du champ perceptif sur le monde, avec de fait une meilleure connexion aux autres et un sentiment d’efficacité plus élevé dans ses activités. Je ne le perçois pas uniquement comme objet, mais aussi comme un corps avec des besoins.
Lorsque mon expérience subjective est souffrante, la volonté de modifier mon corps et mon apparence peut être vécue comme la solution à cette souffrance, mais au risque de développer un TCA et ses conséquences associées.
C'est là où on peut faire du lien entre le TSPT-C, ses conséquences sur le rapport au corps et les injonctions systémiques qui pèsent sur le corps féminin (sexuelle, maternelle, esthétique). Ces violences quotidiennes peuvent enfermer les femmes dans un corps souffrant.
Extrait de "Un corps à soi”, page 22, de Camille Froidevaux-Metterie
“Les femmes sont des individus phénoménologiques par excellence, càd des individus pour lesquels toute relation et toute signification sont toujours simultanément et indissolublement subjectives et corporelles. Précisément parce qu’elles n’ont longtemps été que des corps, toutes entières assimilées à leurs fonctions sexuelle et maternelle.
Du moment où elles s’éveillent, confrontées à un reflet dont elles savent qu’elles doivent le modeler, le modifier, pour présenter une image d’elles-mêmes obligatoirement façonnée, au moment où elles se couchent, après avoir passé la journée à penser aux effets qu’a produits sur les autres leur apparence, à penser à ce qu’elles mangent ou ne devraient pas manger, à penser aux modalités concrètes permettant de satisfaire leurs enfants, leurs conjoints, leurs parents, à penser au plaisir qu’on leur demande de donner, à celui qu’elles aimeraient ressentir, à penser enfin à effacer les traces de cette rude journée à paraître, plaire et contenter, du matin au soir, tous les jours de l’année, tout au long de leur vie, les femmes sont leur corps.
Rien de ce qui fait leur existence ne se conçoit indépendamment de cette nécessaire incarnation, que ce soit ce qu’elles pensent d’elles-mêmes, les projets qu’elles forment, les attentes qu’elles nourrissent, que ce soit les relations qu’elles entretiennent, amoureuses, amicales, familiales, professionnelles, que ce soit la place qu’elles occupent dans la société, dans l’espace public, dans le monde du travail”.
Le corps féminin, qui éprouve un rapport singulier au réel et à l’imaginaire, tel que décrit par Camille Froideveaux-Metterie, est impacté dans son expérience quotidienne. Il est à risque de développer un corps souffrant, par le caractère systémique qui lui est imposé.
Sources :
Phénoménologie du psycho-traumatisme complexe : Herman & Yoshai Ataria
Phénoménologie du corps féminin : "Un corps à soi" de Camille Froideveaux-Metterie




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