L'éthique & la morale - Appréhender la discipline en passant de la psychologie morale, aux systèmes philosophiques jusqu'à l'éthique appliquée à la santé
- aureliendiet44
- il y a 13 heures
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L’éthique est fréquemment mobilisée dans divers milieux, notamment celui de la santé. C’est un terme qui attire à lui de nombreuses représentations et utilisations. À travers cette publication, je présente une certaine vision d’ensemble de ce qu’est l’éthique et la morale. Une lecture qui se veut comme une porte d’entrée pour appréhender la discipline.
L’étymologie
Le terme éthique vient du grec èthos, tandis que morale vient du latin mos. Dans les deux cas, ils signifient “moeurs’”. Ce mot prend différentes significations en fonction des époques.
Moeurs
Au 13ème siècle c’est l’ensemble des conduites déterminées par l’usage et non dictées expressément par la loi et les institutions. Tandis qu’au 18ème, il désigne plus précisément les habitudes de vie d’une société ou d’un individu relativement au bien et au mal.
Les termes d’éthique et de morale font alors référence au bien et au mal, au permis et à l’interdit, relativement aux conduites des individus. Pour introduire les principaux systèmes philosophiques de l’éthique, je vais dans un premier temps aborder le champ de la psychologie morale.
Psychologie morale
Je trouve que la psychologie morale est plutôt un bon point de départ pour appréhender l’éthique dans ses différentes dimensions. En effet, en partant de notre expérience personnelle, par le biais de nos intuitions et de nos jugements moraux, soit ce que l’on estime intuitivement comme bien ou mal, il est plus simple de comprendre les systèmes philosophiques.
Les travaux en psychologie morale
Les matrices morales de Haidt
Jonathan Haidt met en évidence que notre cerveau fonde ses représentations du bien et du mal au travers de 6 matrices morales. Nos jugements et nos intuitions morales se portent alors sur 6 domaines précis.

Chacune des 6 matrices morales sont investie par le cerveau à une échelle différente en fonction de la société et de la culture dans lesquelles se développe la personne et de sa place dans cette dernière.
Par exemple, pour une personne, le respect et l’investissement porté au soin des individus sera peut être plus important que la matrice de l’autorité au sein de la société et des comportements d’autrui. Et chaque matrice psychologique a son versant bon et mauvais aux yeux des personnes.
Les 3 éthiques de Shweder
On peut aussi faire du lien avec une autre théorie en psychologie morale. Celle des 3 éthiques de Shweder où on retrouve les différentes matrices morales de Haidt.
Ces 3 éthiques décrivent les façons qu’ont les sociétés de juger ce qui est bon ou mauvais :
L’éthique de l’autonomie
L’éthique de la communauté
L’éthique de la divinité
L’éthique de l’autonomie est centrée sur le respect de l’individu, de ses droits, de son autonomie et de son bien-être. Les matrices morales mobilisées ici sont plutôt celles du soin, de la liberté et de l’équité. Les individu sont plutôt vu comme des électrons libres, indépédamment des structures sociales. C’est une éthique très présente dans les sociétés occidentales.
L’éthique de la communauté, elle, est plus centrée sur le groupe, sur les rôles sociaux et les devoirs envers les autres. Le bien moral réside plutôt dans le fait de remplir ses obligations et de maintenir l’ordre social. Les matrices impliquées sont plutôt celles de l’autorité et de la loyauté.
Enfin, la troisième éthique est celle de la divinité, centrée sur la pureté du corps et de l’âme. Le bien moral est de vivre en accord avec ses principes spirituels ou religieux. La principale matrice impliquée ici sera plutôt celle de la sacralité.
Que cela soit les matrices de Haidt ou les 3 éthiques de Shweder, ces théories décrivent le fonctionnement interne des individus et des sociétés dans la réalité.
L'intuitionnisme morale
De plus, la psychologie morale nous enseigne que nous sommes plutôt des êtres intuitionnistes et non rationalistes en termes de morale.
C’est à dire qu’en fonction de nos matrices morales activées, nos arguments auront plutôt pour vocation de valider nos ressentis et intuitions plutôt que de les questionner en cas d’incohérence. En gros, on a un biais de confirmation qui s’active en permanence par rapport à ce que l’on juge bon ou mauvais.
Systèmes philosophiques
C’est là où, à travers l’histoire, les philosophes ont essayé de penser des systèmes éthiques basés sur la rationalité, afin de discriminer et d’adopter les conduites dites “bonnes”. On retrouve alors 3 domaines distincts dans l’éthique :
1) La méta-éthique
2) L’éthique normative
3) L’éthique appliquée
Succinctement
La méta-éthique étudie les grands concepts de l’éthique comme : est-ce que des principes moraux peuvent être vrais ? Existent-ils indépendamment de l’homme ? Qu’est-ce que le bien ? L’éthique normative elle, énonce des normes et prescrit “ce qu’il faut faire” ou “ne pas faire”. À ce stade de la lecture, nous ne sommes plus sur des théories qui évaluent le fonctionnement psychologique humain mais bien sur de la normativité.
L’éthique normative
Les trois courants principaux de l’éthique normative ont chacun leur système rationnel prescrivant différentes conduites finales à adopter. Il arrive d’ailleurs que certains se recoupent à un certain niveau d’approfondissement.
L’éthique déontologique - Kant, Ross
L’acte est évalué moralement en fonction de son respect de certains droits, principes ou impératifs.
L’éthique conséquentialiste - Bentham
Le conséquentalisme soutient que la valeur morale d’un acte est entièrement contenue dans ses conséquences, peu importe les moyens pour y arriver.
L’éthique des vertus - Aristote, Stoïciens, D’Aquin, Nietzsche
L’éthique des vertus propose des modèles de perfection de l’homme (vertueux) et de ses actions (vertueuses)
Après avoir présenté quelques théories de la psychologie morale et les principales éthiques normatives, il est important d´évoquer le dernier des domaines de l’éthique, celui qui est utilisé dans de nombreux milieu tels que le soin, le commerce, ou encore militaire. Même si je ne vais évoquer que l’éthique appliquée à la santé car c’est le sujet de ce site.
Éthique de la santé
L’éthique appliquée apparaît aux États-Unis au cours des années 1960 à la suite du développement des techniques et des sciences. Elle consiste à passer d’un savoir constitué de normes théoriques (méta-éthique et éthique normative) à une analyse éthique de situations précises, dans le but de prendre une décision concrète en proie à un conflit.
Le tout basé sur une argumentation qui prend en compte le contexte et l’ensemble des conséquences de la décision. C’est une recherche vivante d’ajustement réciproque entre réflexion philosophique morale et évaluations de cas concrets. Cette réflexivité du réel est le cœur de l’éthique appliquée.
Éthique des soins
Quant à la posture éthique dans les soins de la santé, elle est basée sur la réflexion et l’éclairage d’une décision jonchée de conflits, par le biais d’arguments qui prennent en compte le contexte, les valeurs, les moyens et les conséquences d’une action entreprise avec le patient. Divers socles communs de méthodologie éthique sont mobilisés, souvent avec différents acteurs, afin de prodiguer les meilleurs soins pour le patient.
Dans l’éthique clinique, celle au chevet du patient, face à des situations en proie à des dilemmes éthiques, les éthiciens peuvent utiliser comme méthodologie le :
Principisme de Beauchamp & Childress
Méthode de Nijmegen
Méthodes narratives
Dialogue socratique
Four box - Jonsen, Siegler, Winslade
Quelques lectures
Psychologie morale :
-La supériorité morale - Haidt
-3 éthiques de Shweder
Méta-éthique :
-Manuel de méta-éthique dirigé par Ophélie Desmon
Philosophie morale et éthique normative :
-Dictionnaire de philosophie morale et d'éthique dirigé par Monique Canto-Sperber
-Introduction à l'éthique - Cassier
-Éthique minimale - Ogien
Éthique de soin et éthique clinique :
-Philosophie du soin dirigé par Durand et Dabouis
-Réinventer la clinique par Benaroyo
-Patient autonome par Barrier
-Autour de Canguilhem par Lefèvre




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