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Qu’est-ce qui est normal dans la relation à l’alimentation ?

La relation à l'alimentation est infiniment complexe.


Elle est enchevêtrée dans un nombre incalculable d'éléments de vie : normes physiologiques, socioculturelles, familiales et expériences de vie.


La pluralité des modes de vie et des valeurs de vie dans nos sociétés actuelles influence de fait la manière que l'on a de s'alimenter. On observe d'ailleurs mille et un conseils sur les réseaux sociaux sur ce qu'il serait alors la meilleure façon de manger, ce qu'il serait normal de faire ou non, le tout dans un contexte socioculturel propice au développement de l'obsession pour le corps et des troubles du comportement alimentaire.


Comment s'y retrouver dans ce bazar informationnel ? Qu'est-ce qui est de l'ordre du normal ? Du pathologique ?


Comment savoir ce qui est de l'ordre du normal, c'est-à-dire au service de la santé bio-psycho-sociale, ou de l'ordre du pathologique, c'est-à-dire de la rétractation de nos normes et valeurs de vie ? Pour tenter de répondre à la question, je vais m’appuyer sur les travaux de Georges Canguilhem, qui aborde la question du normal (santé) et du pathologique (maladie).


Il met en évidence qu'être en bonne santé pour un individu, c'est être capable d'effectuer les activités qui lui sont indispensables dans son milieu de vie. Par exemple, pour la santé physique, cela peut vouloir être capable de marcher jusqu'au travail, faire et porter ses courses pour se nourrir, s'inscrire et participer à un événement sportif porteur de sens. Il indique aussi que c’est tout autant être capable d'improviser de nouvelles activités, en particulier lorsque l'environnement de vie évolue.


Selon lui, la santé, c'est le fait de pouvoir faire face aux exigences de l'existence. C'est pouvoir instituer et faire varier ses normes de vie et ses valeurs propres.


C'est pouvoir déployer sa liberté. C'est l'ouverture du sujet aux possibles de l'existence. Le sujet crée un équilibre entre le monde et lui, en demeurant inventeur et sujet de ses normes de vie.


En revanche, la santé, cette capacité à s'adapter à son environnement selon ses propres besoins, n'est pas purement subjective. Parce que l’équilibre créé dans ses normes subjectives de vie se caractérisera alors de manière objective par des constantes physiologiques équilibrées (pouls, pression artérielle, glycémie, cholestérolémie, température, etc).


Le normal, c'est donc tout ce qui permet d'investir ses propres valeurs de vie, de manière libre, avec de fait un impact positif sur les constantes physiologiques.


À l'inverse, le pathologique, c'est la perte d'adaptation et de liberté dans le milieu dans lequel le sujet évolue. C’est une réponse rigide à l’environnement impactant de manière négative les constantes physiologiques.


Si l'on en revient à la relation à l'alimentation, une règle alimentaire normale cochera alors ces 2 critères. Il faut qu'elle soit au service des valeurs de l'individu tout en permettant au corps de fonctionner correctement. Ce qu'une règle alimentaire pathologique ne cochera pas .


Par exemple, dans la phase de lune de miel de l'anorexie mentale, la personne pense reprendre du contrôle sur ses valeurs de vie et sa liberté dans les choix alimentaires ; pourtant cela l'amène à une dégradation de ses constantes physiologiques à cause de la dénutrition, réduisant peu à peu son autonomie.


Je peux aussi, par exemple, vouloir favoriser la bonne santé physique en consommant uniquement des aliments peu transformés et, pour cela, éviter tous les lieux à risque de m'y faire dévier (restaurant, repas de famille, voyage). Les constantes physiologiques auront beau être top, suivre ce fonctionnement aura pour conséquences une perte de liberté pour l'individu, s’il est important pour lui de favoriser des moments de partage entre personne.


Pour que des règles alimentaires soient normales, positives et aient un rôle apaisant sur la relation à l’alimentation, il faut donc qu'elles me permettent de tendre vers un équilibre entre valeurs, normes de vie et constantes physiologiques.



 
 
 

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