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Les dérives de la moralité en nutrition - Sciences et valeurs : repérer les différences et se protéger

La science de la nutrition nous enseigne les recommandations à adopter pour notre santé.


Ce qui est nécessaire de consommer comme groupe d'aliments, avec leur fréquence, leur quantité, en fonction des besoins nutritionnels des individus et de leurs spécificités physiologiques, afin de vivre du mieux que possible en bonne santé.


Jusque-là, on est sur des considérations que l'on appelle descriptives ou scientifiques.


C'est-à-dire qu'on est sur des faits objectifs, indépendamment du regard et de la présence d'une personne. La nutrition nous permet donc d'avoir une évaluation de vérités objectives, autant complexes soient-elles.


Se rajoute à cela le fait que la santé incarne une valeur importante dans l'organisation de nos sociétés et de nos cultures. Ces faits descriptifs de la nutrition ne sont donc pas dénués de considérations normatives, c'est-à de préférences, de jugements et de valeurs.


Les discours nutritionnels peuvent donc prendre la forme de partage d'informations descriptives, associé à des considérations normatives : "il faut faire ça", "tu dois le faire pour ta santé".


En soi, on peut se dire que ce n'est pas problématique d'avoir des éléments de valeur concernant des faits objectifs nutritionnels, puisque la normativité est un élément pour motiver l'humain à adopter de nouveaux comportements.


Le problème des considérations normatives en nutrition réside principalement dans notre cécité à voir les déterminants environnementaux, sociaux et culturels qui empêchent les individus de tendre vers les recommandations nutritionnelles descriptives.


Et oui, nous ne sommes pas sur le même pied d'égalité pour arriver à nous nourrir correctement et donc pour pouvoir respecter les recommandations nutritionnelles. C'est un fait, n'en déplaise aux plus méritocrates, à ceux qui croient au "quand je veux, je peux".


Certains discours sont donc emplis de moralité, d'injonction à respecter les recommandations nutritionnelles, et en cas de non respect, les personnes sont hiérarchisées comme inférieures, dans un rapport de domination.


Les gourous du bien manger et des injonctions performatives n'ont pas compris que les considérations normatives ne peuvent se valoir qu'à partir du moment où il y a la possibilité pour l'individu d'agir.


Au lieu de s’intéresser aux déterminants qui empêchent l'accès à une nourriture de qualité pour tous et à un rapport fonctionnel à l’alimentation, ils préfèrent condamner l'individu qui “déciderait de ne pas changer par lui-même”.


Ils rétorqueront qu'un discours de ce type serait complaisant et maintiendrait les individus dans des situations alimentaires néfastes.


Mais bien au contraire, ce n’est qu’en connaissant les puissants déterminismes qui pèsent sur nos sociétés et qui génèrent les inégalités, qu'il sera possible de les neutraliser et d'apporter des transformations pour le plus grand nombre.


Ce n'est pas en décrétant que les déterminismes n'existent pas et que tout est toujours possible avec un peu de bonne volonté, que l'on pourra avancer pour la santé du plus grand nombre, et encore moins en émettant des jugements envers des individus qui n'ont pas la possibilité de mieux s'alimenter.


Voler pour nous les humains n’a bien été permis qu’en regardant en face les lois qui nous contraignent.



 
 
 

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